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En des temps très anciens ou le château de Lunas se dressait fièrement sur le Rondondel, les Seigneurs féodaux de la contrée se querellaient souvent et se confrontaient dans des conflits armés strictement régionaux. Celui de Lunas avait également l’esprit batailleur et prenait facilement part à ces guerres de hobereaux. Malheureusement pour lui, un jour s’en revenant vers son castel avec une petite escorte, il fut surpris par l’un de ses ennemis qui le fit prisonnier et enchaîna dans l’un de ses sombres cachots. Puis il réclama une lourde rançon à son épouse pour le libérer.
La châtelaine du Redondel était encore jeune et très belle et de ce fait très courtisée. Il semble qu ‘elle préférait organiser des fêtes plutôt que de songer à amasser la rançon qui lui avait été fixée pour la libération de son mari. Lequel se morfondait dans sa prison. Et les jours et les mois passaient et nul messager n’arrivait porteur de sac d’écus fixes pour sa délivrance.
C’est alors qu’intervint Satan.Qui en ces temps la parcourait la campagne a la recherche d’êtres humains qu’il pourrait corrompre pour en faire ses séides damnes. C’est ainsi qu’il s'en vint trouver le chevalier dans sa cellule, car l’esprit malin pouvait traverser les portes sans avoir besoin de les ouvrir. Il lui proposa donc de le délivrer contre le don de son âme. Le prisonnier refusa énergiquement le marché.
« Dans quelques jours, ma femme fera apporter le montant de ma rançon et je serai libre ! »
Satan ricana : « les jours la fête et se soucie fort peu de trouver cet argent ; On dit même qu’elle va se remarier ! »
« Crois-tu ? On voit bien que tu n’es pas au courant de ce qui se trame chez toi. Ta femme fait tous les jours le fête et se soucie fort peu de trouver cet argent. On dit même qu’elle va se remarier ! »
« Tu mens »
Mais le doute commençait à s’insinuer dans l’esprit du captif et Satan le devina :
« Je te propose autre chose : je te délivre et quand tu seras rendu dans ton château tu pourras te rendre compte de ton infortune. Et si je te dis vrai la première personne que tu embrasseras m’appartiendra. »
Envahi par la jalousie le Baron finit par accepter.
Le Diable tint parole et le lendemain, il le fit sortir de sa prison. La nuit tombait lorsqu’ils arrivèrent a la porte de la place forte ou le garde de veille les laissa passer ayant reconnu le baron. Celui-ci fut stupéfait en entrant dans la grande salle du donjon de voir tous ces couples qui se pressaient là au milieu des danses et de la musique. Une brusque colère l’envahit, mais lorsque parut sa châtelaine, plus belle et plus séduisante que jamais, tout son ressentiment fondit comme neige au soleil. Il s’avança pour la prendre dans ses bras lorsque lui revint en mémoire l’exigence du maître de l’enfer.
Alors il se détourna brusquement et embrassa une statue qui trônait toute proche. Lucifer entra aussitôt dans une rage folle en voyant qu’il était berne et après avoir brise la statue s’enfuit en hurlant de dépit.
La baronne qui s’était agenouillée aux pieds de son époux lui dit humblement :
« Messire j’ai failli mes devoirs envers vous et vous demande de me châtier comme il vous conviendra ».
Elle était si pathétique dans cette posture qu’il lui prit la main en répondant :
« Relevez vous ma mie, votre repentir me paraît si sincère que je ne puis que vous pardonner e votre seule punition sera un baiser » !
Qu’il lui donnât aussitôt hors de tout risque diabolique, puis ordonnât :
« Et maintenant que la fête continue » !
L’assistance applaudit et les troubadours reprirent leurs luths. Ainsi les retrouvailles des Châtelains de Lunas s’achevèrent dans la joie.
Guy Courtès